Confinée avec un agriculteur : j’ai récolté le foin !

Nous sommes de nombreux parisiens à avoir « choisi » de vivre le confinement en dehors de la capitale. Pour ma part, j’ai plutôt eu l’impression de la fuir. Décision prise à la hâte, juste avant l’annonce présidentielle fatidique, prenant quelques affaires et ne sachant pas combien de temps allait durer mon absence.
Les événements se sont en effet précipités juste après les élections. Ayant eu vent d’un éventuel « confinement » dès le dimanche soir, j’ai proposé à ma mère, parisienne aussi, de prendre la route dès le lendemain midi pour rejoindre notre maison familiale en Charente. Il était difficilement envisageable pour moi de télétravailler pendant une durée inconnue dans mon 30m², notamment à cause de mon bruyant voisin sur skype à longueur de journée. Nous avons alors pris quelques affaires, et toutes les courses faites pour tenir la semaine, pour embarquer dans notre Peugeot 206, armée d’un masque et de mon ordinateur pour télétravailler pendant le trajet. En fermant la porte de mon appartement, j’ai eu le pressentiment que je ne le reverrais pas de sitôt. Et je ne sais aujourd’hui toujours pas quand je rentrerai. Mais je ne suis pas restée longtemps en Charente : mon compagnon, habitant dans le sud, a décidé de venir me chercher. Il s’est pointé le soir, tel un prince charmant. Nous avons repris la route dès le lendemain, à l’aube, sans croiser personne.

La “vraie” vie à la campagne

C’est ainsi que j’atterris en Occitanie, près de Béziers, dans un domaine agricole, pour passer ce qui allait être au moins 2 bons mois de confinement. Je m’estime très chanceuse, car, au-delà du fait d’avoir pu retrouver mon compagnon, je peux respirer au grand air et profiter d’activités extérieures, en dehors de mes 5 jours de télétravail hebdomadaires.

Confinée avec un agriculteur - l'agriculteur
L’agriculteur

Lui est agriculteur, et je suis ravie de pouvoir partager avec vous notre quotidien, puisqu’en ce début de printemps, c’est l’époque des fenaisons, c’est-à-dire la récolte des foins. Il cultive en effet 100 hectares de foin, pour nourrir ses 50 chevaux et 15 poneys tout au long de l’année. L’été, il gère un ranch, et en tant que moniteur d’équitation, mène les touristes en promenade aux alentours d’Agde.


Grâce à ses poules, nous avons la chance de bénéficier d’œufs quotidiennement. Nous avons également planté un jardin potager pour récolter des légumes cet été que nous arrosons tous les soirs. Nous faisons notre propre pain et nos yaourts, et avons créé notre compost.

Confinée avec un agriculteur, j'ai récolté le foin: jardin potager
notre jardin potager

Enfin, nous en avons profité pour repeindre une partie de l’extérieur de sa maison pour rafraîchir les murs.
J’ai passé de longs moment à la campagne quand j’étais enfant et adolescente, je me suis toujours demandé comment se passait la récolte des champs. Je peux aujourd’hui vous en expliquer les différentes étapes.

La récolte du foin

D’abord, qu’est-ce que le foin ? Le foin est la nourriture la plus utilisée pour l’alimentation des chevaux. Il permet de compléter son régime en plus de l’herbe qu’il va brouter lorsqu’elle est disponible dans le champ. La récolte du foin est une méthode de conservation qui permet de stocker cet aliment de manière qu’elle soit disponible toute l’année, contrairement à l’herbe qui ne pousse généralement pas en hiver. Il peut se semer (avoine, ray grass, luzerne, trèfles ou autres végétaux) mais provient le plus souvent d’une prairie qui pousse naturellement.

Un champ d’avoine


La première étape de la fenaison est donc la fauche, c’est-à-dire couper les végétaux à l’aide de la faucheuse. La qualité du foin dépend de la qualité des plantes, mais également de la date de fauche et du bon séchage du foin une fois fauché. Ainsi, il est indispensable de bien choisir le moment où l’on va faucher, qui est très dépendant de la météo. En fonction de la température et du soleil, il faut entre 1 jour et 1 semaine pour que le foin soit bien sec et puisse être récolté. Nous avons d’abord choisi un petit champ, pour tester les machines, et se « faire la main ». Pendant la fauche, les aigrettes débarquent derrière l’engin pour dévorer les petits insectes pris par surprise et mis ainsi à nu. Les chevaux, dans le champ voisin, ne peuvent qu’humer l’odeur très particulière de l’herbe fraîchement coupée. Car ce n’est que sèche et emballée qu’ils pourront en profiter l’hiver prochain !


La deuxième étape de la récole est le fanage qui permet de transformer l’herbe coupée en foin. Cette action consiste à retourner le fourrage pour lui permettre de sécher plus rapidement. Plus l’herbe est sèche, plus les qualités nutritives sont conservées. L’agriculteur peut être amené à la retourner plusieurs fois. Il ne faut pas qu’il pleuve pendant cette période, sinon tout le travail est à recommencer depuis le début.

Confinée avec un agriculteur, j'ai récolté le foin: l'andain
les andains


Ensuite vient l’andainage. L’andaineur est un engin agricole qui permet de rassembler le foin en ligne afin de le préparer pour la prochaine étape : l’emballage. Notre premier champ fauché n’a pas pu bénéficier d’un bon séchage et nous avons dû procéder à l’emballage de manière précoce en prévision d’une grosse semaine de pluie.

L’étape suivante est l’emballage. L’emballeuse récolte le foin aligné, le stocke puis l’enroule de ficelle pour en faire un ballot. Celui-ci est éjecté de la machine pour être ensuite acheminé jusqu’au lieu de stockage. Le risque d’emballer trop tôt, alors que le foin n’est pas assez sec est la fermentation des végétaux. Le foin n’est alors plus comestible. Par ailleurs, il chauffe et peut dépasser les 60 degrés voire les 80 degrés. Il peut alors prendre feu et créer un incendie s’il est stocké dans une grange. Ainsi, nous avons été contraints de donner les premiers ballots de la saison aux chevaux, gourmands.

Enfin la dernière étape est le stockage du foin. Une fois emballés, les ballots peuvent facilement rester dans le champ et ne craignent plus la pluie. Il est cependant préférable de procéder au stockage dès l’emballage terminé. Il faut acheminer les dizaines voire centaines de ballots du champ vers le lieu de stockage grâce à un camion ou une remorque qui transporte les ballots jusqu’à l’entrepôt.
Ces différentes étapes doivent se faire consécutivement, champ par champ, car c’est la précision dans les délais de récolte qui permette au foin d’être de qualité. On peut donc voir ces récoltes s’effectuer jusqu’à la fin de l’été. Cependant, le plus tôt est le mieux car plus les plantes murissent, moins elles produisent un bon foin.

À l’heure du déconfinement


Nous en sommes actuellement à la fauche d’un deuxième champ, beaucoup plus vaste (9h de travail non-stop), car la météo est clémente… jusqu’au week-end prochain ! Il va nous falloir attendre que l’herbe sèche, la retourner, l’andainer, l’emballer… un beau programme, qui risque de s’étoffer car le ranch devrait rouvrir dès le 11 mai. Nous ne savons pas quel sera l’activité, mais les journées promettent d’être denses entre les balades à cheval et la récolte du foin. Au moins maintenant, j’en maîtrise toutes les étapes (ou presque) ! Quant à moi, je ne sais pas si je vais repartir à Paris tout compte fait…

Confinée avec un agriculteur, j'ai récolté le foin: les chevaux
Les chevaux
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